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Portrait de Danielle Ahanda

6 fevrier, excision parlons en !

Par Danielle Ahanda, le 5 février 2014, dans Vie Quotidienne
le 6 février c'est la journée internationale de lutte contre les mutilations sexuelles féminines instituée par les Nations Unies.

Aujourd'hui grâce à l'action de plusieurs associations et de personnalités comme la chanteuse Inna Modja ou encore l'ex mannequin Warris Dirie qui ont osé brîser la loi du silence et parler des mutilations qu'elles ont subies plus jeunes, le combat contre les mutiliations génitales féminines,  prend de plus en plus d'ampleur.

Excision parlons en !

Pourtant il reste encore beaucoup à faire pour changer les mentalités et mettre fin à ces pratiques barbares. Selon l'OMS, entre 130 et 140 millions de femmes ont subi une mutiliation génitale (excision, infubilation, introcision ...). Ces violences faites aux femmes pour l'essentiel, alors qu'elles ne sont encore généralement que des fillettes est désormais interdite dans de nombreux pays, mais pour des raisons d'ordre coutumier elle persiste clandestinement, mettant en danger la vie des victimes.

3 millions de filles exposées à des mutilations génitales chaque année


L'Afrique est le continent qui compte le plus de victime, avec en tête La Côte d'Ivoire où on estime à 36% le nombre de femmes excisées dans le pays.

Sur le plan local, la lutte contre les mutiliations génitales féminines passe tout d'abord par des actions de sensibiliation. Il s'agit de ne pas heurter les populations pour lesquelles bien souvent rennoncer à cette pratique ancestrale revient à perdre un peu de sa culture.

Au Mali par exemple, les autorités ont mis en place des modules d'enseignement de l'excision dans les écoles. Dans les vilages, il a été mis en place des conventions d'interdiction de l'excision. Plus de 500 villages auraient ainsi abandonné cette pratique. Faute d'obtenir le vote d'une loi nationale le ministre de la famille, de la promotion de la femme et de l’enfant, Mme Alwata Ichata Sahi poursuit les actions de sensibilisation :

« Il ne s’agit pas pour nous de rejeter notre culture mais d’en extirper les aspects négatifs qui portent atteinte à la santé et aux droits humains fondamentaux de la fille et de la femme. La bataille pour un Mali sans excision ne pourra être gagnée qu’avec l’engagement de tous les acteurs de la société» a t-elle déclaré.

"L'excision est une violation fondamentale des droits humains. En l'absence de toute nécessité médicale, elle expose les filles et les femmes à des risques pour leur santé et à des conséquences qui mettent leur vie et leur bien-être en danger." déclare Sylvie Dossou, la représentante de l'UNICEF en Côte d'Ivoire.

En matière d'excision, la loi du silence règne. Les filles n'en parlent pas entre elles et les mères encore moins avec leur fille. La pratique est vécue comme une fatalité par beaucoup de femme. Un acte rituel par lequel il faut passer, sans se poser plus de questions, même si les conséquences sur la santé physique et psychique des femmes excisées est désastreuse.

Lorsqu'elles ne sont pas pratiquées dans des conditions d'hygiène désatreuses, ces mutilations sont souvent réalisées sans anesthésie, laissant des blessures dont beaucoup de femmes ne survivent pas.

Oser vaincre la loi du silence

Excision parlons en !

 

Lorsqu'elles survivent, il faut vivre avec et certaines, peu nombreuses encore trouvent le chemin de la reconstruction.

C'est le cas de l'ancien mannequin d'origine somalienne Waris Dirie. Excisée à l'âge de 3 ans, Waris se raconte en 1998 dans l' ouvrage intitulé Fleur du désert : du désert de Somalie à l'univers des top-models (Desert Flower) en collaboration avec Cathleen Miller. L'ouvrage sera adapté au cinéma en 2009.E lle a été, durant plusieurs années, ambassadrice de l'ONU, chargée des questions de mutilations sexuelles, avant de poursuivre le combat par le biais de sa fondation Desert Flower.

Inna Modja a été excisée au Mali à 5 ans, à l'insu de ses parents. A l'âge de 22 ans suite à la lecture d'un article paru dans un magazine, elle trouve le courage d'aller à la rencontre du Dr Pierre Foldès. Ce medecin français est à l'origine, avec  l'urologue Jean-Antoine Robein, d'une méthode chirurgicale permettant de réparer les dommages causés par l'excision.

 « J’ai découvert ce jour-là que je pouvais être réparée et ça a tout changé » déclare Inna. Depuis, elle consacre son temps libre à soutenir les actions de l'ONG TOSTAN.

A Montreuil Diaryatou Bah a fondé l’association Espoirs et combats de femmes. Cette jeune femme d'origine guinéenne excisée à l'âge de 6ans, mariée de force à 13 ans puis exilée en Hollande pour suivre son mari polygame, a vécu l'enfer que vivent encore aujourd'hui beaucoup de jeunes filles. C'est en regardant à la télévision le témoignage d'une femme africaine ayant réussi à fuir le calvaire de la violence conjuguale qu'elle décide à son tour d'essayer de s'en sortir. Grâce a des assistantes sociales et à des associations féminines, elle parvient à brîser la loi du silence et publie son récit en 2006 :  « On m’a volé mon enfance », Diaryatou Bah, éditions Anne Carrière.

« En France, avec l’aide d’une psychologue, j’ai pu revenir sur tout ça, en parler, comprendre ce qui m’était arrivé. J’ai pourtant rencontré l’incompréhension de nombreux travailleurs sociaux lorsque je leur disais que je ne savais pas jusqu’à récemment que j’avais été excisée. Mais il faut comprendre que l’excision, et encore plus la sexualité, est un tel tabou en Afrique, qu’il était tout à fait hors de question d’en parler, même entre amies. C’est pourquoi, après la parution de mon livre, j’ai voulu retourner en Guinée pour intervenir à la radio ou la télévision contre à la fois l’excision et les mariages forcés, ces traditions que subissent les femmes. Figurez-vous que lorsque j’évoquais l’excision, c’est le journaliste qui était gêné ! Je lui répondais  : Mais c’est moi qui ai été excisée, pas vous ! »

En France plusieurs associations comme la Fédération nationale GAMS, Espoirs et Combats de Femmes ou encore Osez le Féminisme travaillent pour abolir les mutiliations génitales féminines. Ces trois assossiations  vous invitent à venir débattre et échanger autour du thème de "La vie après l’excision", suivi d’un concert d’un jeune artiste engagé.

L’entrée est libre. Plus d'information ici

En marge de cette journée internationale, un site gourvernementale sous l'égide la ministre Najat Vallaud-Belkacem a été créé. Le but est d'y regrouper les analyses, initiatives, témoignages, événements relatifs à l’excision mis en oeuvre par les différentes associations qui oeuvrent en France.

www.excisionparlonsen.org

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