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Portrait de La Rédaction

6 questions à Diariatou Kebe auteure de " Maman noire et invisible "

Par La Rédaction, le 15 décembre 2015, dans Littérature
Diariatou Kebe, la trentaine, est une jeune maman et blogueuse active. Elle vient de signer son premier livre très personnel autour de la grossesse, la maternité et les problématiques ethniques que rencontrent les femmes noires vivant dans l'hexagone : " Maman noire et invisible : grossesse, maternité et réflexion d'une maman noire dans un monde blanc". Rencontre.

6 questions à Diariatou Kebe auteure de

 

Bonjour Diariatou, peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?

 

J'ai 34 ans. Je suis maman d'un petit garçon qui vient d'avoir 5 ans. J’habite en région parisienne.  J’ai fait des études en économie et maintenant je travaille pour une institution publique. Je suis blogueuse à mes heures perdues (clumsy.fr) une twitteuse matinale (@clumsy_mummy) !

Le sujet du livre t'est-il apparu comme évidence ?

 

En fait c’est le sujet de mon blog qui m’est d’abord apparu comme une évidence. Après la naissance de mon fils je me sentais très frustrée de ne pas lire des textes, des articles, des essais sur le fait d’être une maman noire qui élève un enfant noir. C’est ce questionnement qui m’a amené à ouvrir mon blog. J’y ai d’abord parlé de ma vie de maman puis les rencontres, les lectures, l’actualité m’ont fait aborder des sujets tels que la question de la représentativité, le racisme, les discriminations et un peu le sexisme.

Quand m’a été donné la possibilité de publier un livre à partir de mon blog, le sujet était tout trouvé. Pendant ma grossesse et les deux premières années de vie de mon fils j’ai pu relever le « manque » criant de livres qui « parlent » aux femmes noires. On parle souvent du manque de diversité dans la mode, en une des magazines féminins, à la télévision et finalement nos problématiques sont aussi peu visibles dans les livres consacrés à la maternité et les médias qui traitent de parentalité.

A qui s'adresse ce livre ?

 

Je l’ai écrit en pensant d’abord aux femmes noires pas seulement aux futures mamans. Il n’y a pas une femme noire mais des femmes noires. Nous avons bien entendu beaucoup de choses en commun en ce qui concerne le racisme et le sexisme mais les sensibilités, nos histoires, nos vécus, nos cultures, et plus largement tout le sous-système d’oppressions (valide, handicap, sexualité, physique, etc...) peut être différents. Mais j’aime penser que tout le monde peut le lire comme une introduction à faire ses propres recherches pour se faire sa propre idée. Une invitation à trouver où l’on se situe et comment on se situe. En gros, je suis une femme noire et je me définie comme je le veux et non pas comme ce que la société attend de moi.

Cela fait deux mois que le livre est sorti et je ne m’attendais pas à avoir un public aussi large !  Je me permets de dire ici que je vais approfondir certains sujets sur mon blog personnel comme cela m’a été demandé !

Pourrais-tu nous expliquer pour ceux qui ne le savent pas ce qu'est l'invisibilité et en quoi ce phénomène a un impact sur la maternité ?

 

L’invisibilisation c’est grandir sans se voir nulle part et avoir l’impression de ne pas exister. L’invisibilisation c’est voir très peu de femmes noires à l’écran, dans les magazines ou comme héroïnes de roman. L’invisibilisation c’est aussi devoir aller chercher les produits pour nos cheveux dans des boutiques spécialisées ou galérer pour trouver un fond de teint. Et je pourrais continuer des heures comme ça. Cet article auquel j’ai participé résume bien la situation des femmes noires en France : Etre Invisible comme une femme noire en France. Les femmes noires sont absentes de l’espace public et quand elles sont mises en avant elles n’ont que très rarement la parole, dès lors l’imaginaire autour d’elles reste exotisant et extrêmement limité …. Souvent infantilisées, objets de discriminations et précaires la prise en charge des soins et surtout l’accès au soin même en France est inégalitaire.

L’invisibilisation c’est l’effacement. L’invisibilisation c’est aussi un manque d’informations autour de la santé maternelle et surtout aucun focus sur des sujets qui nous concernent directement. C’est ainsi que j’ai découvert la mise en place d’un protocole « de terme ethnique » mais en place pendant près de 10 ans dans les maternités. En gros, comme je l’explique dans le livre un praticien pouvait décider du déclenchement d’un accouchement sous prétexte que la couleur de peau induirait en fin de grossesse un risque. De fait on a constaté dans les années 80-90 un taux anormalement élevé de césariennes chez les patientes « Africaines ».

Dans un tout autre contexte, j’ai récemment découvert les résultats d’une étude qui indique que la pollution environnementale en Martinique (le chlordécone) entraine de plus en plus d’accouchements prématurés. Je l’avoue je ne le savais pas.

Ces informations sont importantes et doivent être diffusées plus largement à mon avis parce qu’elles peuvent être utiles, elles peuvent aider à comprendre.

liens :

-        http://martinique.la1ere.fr/2015/11/11/le-chlordecone-entraine-de-plus-en-plus-d-accouchements-prematures-en-martinique-305079.html)

-       http://www.slate.fr/story/93729/etre-invisible-en-france

 

Penses-tu que l'on puisse préserver nos enfants du racisme ordinaire que tu décris dans ton livre ?

 

Même si c’est difficile je pense que oui. Nous pouvons les armer face à un racisme qui dans l’esprit de beaucoup est perçu comme « normal ». Je pense que le jour où ils auront « la claque » ce moment où ils comprennent qu’ils sont différents ils seront plus à même de réagir ou de ne pas réagir. « La Claque » c’est cette petite phrase prononcée innocemment qui nous renvoie à nos origines, celle qui fait de nous l’Autre. Je crois que s’ils sont préparés cela se passera bien. C’est en tombant enceinte que mon questionnement a véritablement commencé : comment faire pour protéger mon enfant ? C’est aussi une question de sensibilité. Dans mon entourage celles qui sont devenues mères avant moi se sont posées très peu de questions mais quand j’ai soulevé les miennes les discussions et les échanges se sont révélées très intéressants. Je crois que pour préserver nos enfants il faut leur parler, déconstruire les idées reçues, échanger et surtout les écouter et ne pas minimiser.

Cela ne veut pas dire que je passe mon temps à faire de mon fils un militant ! Juste que nous discutons et que nous continuerons à discuter au fur et à mesure qu’il grandit.

Dénoncer et parler du racisme ce n’est pas se « victimiser » loin de là c’est prendre part à la conversation et faire bouger les lignes. C’est ensuite à son niveau mettre en place des stratégies pour le combattre. J’aime l’idée que les réseaux sociaux nous donne cette possibilité immense qui est de répondre au racisme. Montrons à nos enfants nos réponses.

Tu parles peu de la place du compagnon dans ton livre. A quel niveau il intervient pour aider à combattre l’invisibilité dont souffrent les femmes noires ?

 

Pour combattre l’invisibilité il doit laisser la parole ça à l’air simple comme ça mais soyons réaliste la société reste très patriarcale. Je suis une femme noire je dénonce l’invisibilisation des femmes noires car je suis concernée. Si c’est mon compagnon qui le fait il participe à l’invisibilisation en ne me laissant pas la « place », la parole. Il ne doit pas intervenir pour ne pas inisibiliser mais bien avoir un rôle de soutien et être dans l’amour et la bienveillance. Je parle ici dans le contexte hétéro-normée de la société (ça me sort par les trous de nez quand on applaudit un papa parce qu’il élève son enfant ou qu’il a changé une couche…)

Si on regarde de plus près je préfère parler de partenaire plutôt que de compagnon. L’invisibilisation des personnes queers et trans noirEs reste aussi problématique. Comme « le compagnon » du couple hétéro, je ne peux que la pointer du doigt et laisser la parole !

 

6 questions à Diariatou Kebe auteure de

 

Maman noire et invisible, par Diariatou Kebe, Editions La Boîte de Pandore, 2015, 152 pages, 13,90€.

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