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Portrait de La Rédaction

Chronique : La non-violence éducative pour tous !

Par La Rédaction, le 26 mars 2015, dans Maternité
Savates, règles en plastiques, ceintures, manches à balai, branches d’arbres, spatules, bâtons… Dites-moi quelles sont les émotions qui vous viennent à l’esprit lorsque j’évoque ces objets? Je me vois projetée 20 ans en arrière, alors que je n’étais qu’une enfant, impuissante, vulnérable, au plus fort de ma sensibilité.
Article publié pour la première fois sur le blog leonatherapy.com

Chronique : La non-violence éducative pour tous !

Je vois comment ces sanctions violentes ont forgées mes instincts, comment je dois chaque jour me remettre en question pour perdre le réflexe de les reproduire, pour ne jamais en avoir recours. La violence engendre la violence, c’est un vrai combat intérieur pour en sortir en toute conscience.

Au cours de ma vie j’ai rencontré très peu de personnes issues d’une culture afro-caribéenne et africaine qui n’aient pas été élevées aux châtiments corporels. Trop rares sont les personnes afro-descendantes à rejeter la violence comme principe d’éducation (qu’elles en soient remerciées). De la simple fessée au passage à tabac, les châtiments corporels sont banalisés à différents degrés (violence éducative et maltraitance), vécus dans le cercle familial comme nécessaires pour mettre les enfants sur le droit chemin. Pourquoi et comment en est-on arrivé là?

Quand je regarde au sein des communautés afro, et notamment en ce qui me concerne à Madagascar et que je constate que menacer son enfant d’une fessée à la moindre contrariété est monnaie courante, et surtout dire des enfants qui ne se font pas taper dessus qu’ils sont mal élevés et que les parents sont laxistes, je me dis que le chemin est encore long.

« Leurs parents les frappent par amour, disait-on, et avec amour, pour qu’ils ne grandissent pas à tout va, livrés au n’importe-quoi-n’importe-où. Leurs professeurs les frappaient, leurs voisins les frappaient. A l’âge de dix ans, un enfant avait été suffisamment frappé par les adultes de son entourage pour que soient annihilés en lui toute forme d’effronterie qui auraient pu devenir de l’esprit, toute rêverie qui serait devenue créativité, toute autorité indiquant une personnalité de meneur. (…) C’était ça qu’il fallait pour élever un enfant africain, un village d’adultes tout disposés à frapper, mais si quelqu’un s’avisait de placer ses mains autour du cou d’un enfant et de serrer un peu, on l’accuserait de cruauté, car la strangulation n’avait rien à voir avec la discipline. » Extrait de Le meilleur reste à venir, de Sefi Atta, Actes Sud, 2009.

Historiquement, la violence éducative se retrouve dans de nombreuses cultures. Au sein des populations noires elle est conditionnée par la tradition: « la chèvre ne marche pas sans bâton », comme on dit. Dans la plupart des pays d’Afrique, les enfants n’ont pas le moindre droit. Sur le continent africain les institutions comme les écoles (coraniques ou publiques) diffusent la violence éducative et l’usage des châtiments corporels. Il en résulte une violence extrême, des châtiments toujours plus durs à supporter, à l’image des conditions de vie que subissent les populations noires les plus pauvres. Malheureusement, ces pratiques violentes ont persisté jusqu’à faire partie intégrante de la culture africaine, à un tel niveau de traumatisme qu’elles sont vécues comme bienveillantes. Chaque pays a ses traditions propres, enracinées depuis des générations. Valorisée, la violence éducative est considérée comme un moyen d’élever des futurs adultes plus forts, aptes à faire face à toutes les situations hostiles dans la société, qui se positionneront plus tard comme des leaders plutôt que comme des victimes. Mais en réalité, la violence éducative fabrique des adultes traumatisés qui auront développés malgré eux une aptitude à la violence qui s’enclenchera dès qu’ils seront fasse à un problème de communication ou à une frustration dans leur vie. Il y a beaucoup de choses à redire là dessus, car, dans le schéma du cycle de la violence, n’est-ce pas l’éducation violente elle-même qui engendre cette société où les gens s’adonnent à un comportement brutal et à des débordements de violences inouïs et banalisés?

« Je ne soutiens nullement que tout ce qui est ancien est bon parce que c’est ancien. (…) Toute tradition en désaccord avec les règles de la morale doit être rejetée sans hésitation, même si elle remonte à la nuit des temps. » Extrait de Tous les hommes sont frères, de Gandhi, UNESCO, 1958.

Il faut arrêter de croire que la non-violence éducative est l’apanage des milieux aisés, blancs ou bobos, qu’elle est impossible à appliquer voire incompatible avec l’environnement et les usages culturels dans les pays africains, les territoires afro-caribéens, et les populations afro-descendantes, et de manière universelle.

En tant que parent ayant grandi avec les châtiments corporels comme base d’éducation, on se demande forcément quelle position adopter vis à vis de notre progéniture. Heureusement, j’évolue dans une société qui change, oui, mais trop lentement à mon goût! Petite, combien de fois le dialogue aurait été le bienvenu à la place des gifles et des tirages d’oreille? Cependant j’ai eu la chance de voir d’autres familles issues du même milieu social où le châtiment corporel n’existait pas ou était une exception et non une banalité, et où les enfants n’en étaient que plus épanouis, et je suis donc convaincue qu’il est tout à fait possible de donner aux enfants une bonne éducation tout en étant non-violent.

Personne n’a envie que son enfant devienne un de ces enfants rois qui cherchent désespérément une limite jusqu’à devenir imbuvables et tyranniques (= le cliché que les gens se font quand tu leur parles de non-violence éducative), d’un autre côté on ne veut pas faire subir à un enfant des violences que l’on sait irréversibles dans la construction qu’il va se faire des rapports humains. La non-violence éducative ne signifie pas l’absence d’autorité mais au contraire renforcer l’exercice d’une autorité respectueuse et communicante.

Quand je suis devenue maman, je me suis retrouvée démunie, sans outils, sans repères mis à part la volonté farouche de sortir de ce maudit cercle de violence. A 23 ans, j’ai du apprendre à dialoguer sereinement, car c’est quelque chose qui m’était difficile. Quand j’étais petite, à la maison, dès qu’il y avait conflit, on ne parlait pas, on se hurlait dessus, on menaçait ou on frappait sans sommation. L’agressivité, parfois saine et naturelle,  exprimée sans l’apaisement du dialogue, était transformée en violence, poison de l’humanité. J’espère que tous les adultes ayant grandi avec les châtiments corporels n’ont pas eu les mêmes difficultés que moi.

Je connais beaucoup d’autres personnes qui en apparence ont bien vécu ces châtiments corporels. Ils en sont même fiers, ils revendiquent une nécessité d’utiliser la violence éducative envers les enfants. Il y en a qui, bien avant d’avoir des enfants, se vantent et disent à qui veut l’entendre « moi mes gosses ils vont ramasser  » ou bien « je vais en faire des Vrais tu verras ». Quand on voit que les principales réactions de la communauté afro sont de se tordre de rire et de justifier la violence devant des vidéos d’ados se faisant tabasser par leurs parents pour je ne sais quelle énormité, je comprends que là, on a atteint un point où briser le cercle de la violence va être très difficile. Pour les partisans de la « fessée éducative », l’impact du geste punitif est minimisé. Une claque est vue comme une correction, et non comme une violence. Au lieu de condamner tout châtiment corporel et humiliations quels qu’il soient, on préfère se dire qu’une fessée, c’est rien et ça fait du bien. Il faut absolument garder à l’esprit que la violence est une escalade qui entraîne toujours plus loin la personne une fois qu’elle y cède, qu’elle la subie ou qu’elle en a été témoin. C’est ainsi que, d’une petite tape sur la main, on en vient à donner des coups de pieds, et puis même donner des coups de ceintures lorsque l’enfant montre une résistance.

C’est dur de changer de mentalité. Parce qu’on a grandi dedans. Parce que moi aussi je connais cette terreur de l’attente du châtiment quand je savais que j’allais y passer, ces recroquevillements et ces poses torturées pour exposer le moins de chair possible aux coups, je connais ses larmes qu’on réprime et ses cris qu’on retient. Ce sentiment d’injustice. Cette peau qui brûle et gonfle de douleur. Et je sais qu’une fois adulte on croit qu’on a tout oublié de cette souffrance, de cette humiliation, mais en fait il n’en est rien, elle se rappelle à nous dès que l’agressivité et la frustration pointe son nez. Parce que tout ce qui reste à un adulte qui s’est fait tabasser enfant par ses parents pour la moindre incartade, et devant témoins, c’est d’en rire comme pour montrer une indifférence, à défaut d’en pleurer, et de reproduire cette violence à défaut de dire stop. Parce que c’est si facile de frapper. Parce qu’avec le recul on se rend compte de l’immense disproportion entre la faute commise (souvent une broutille) et le châtiment donné, une atteinte à l’intégrité physique. Parce que verser des larmes est considéré comme une faiblesse qu’on s’empresse de ravaler, alors qu’elles sont bien la preuve que nous tous être humains sommes des êtres sensibles.

Oui c’est dur de changer de mentalité parce que dire non à la violence, c’est remettre en question notre propre éducation et nos parents (bien qu’on les aime, et c’est ça le plus douloureux) qui n’ont pas toujours conscience des conséquences désastreuses que l’usage de la violence éducative entraîne à long terme, tant sur le plan individuel qu’au niveau de la société toute entière. Parce qu’il faut déconstruire les croyances qui soutiennent que la violence éducative garantie le respect des règles. Au contraire, celle-ci apprend aux enfants à être lâches, sournois, et violents à leur tour. L’éducation non-violente est un moyen puissant pour donner aux enfants la possibilité d’un éveil spirituel, pour leur apprendre une perception du monde basée sur la non-violence, le dialogue, le respect des individus et la maîtrise de soi.

Le plus gros du travail qu’il reste à accomplir pour préserver la jeunesse réside dans la prise de conscience. L’enjeu est de taille, il est à observer dans le monde entier car la non-violence éducative est possible, et elle est la clé et l’espoir pour bâtir un monde futur apaisé.

[Voici en complément le lien d’un article de l’Observatoire de la violence éducative ordinaire qui dresse un état des lieux de la violence éducative par continents et par pays, à lire.]

L’éducation sans violence éducative est un facteur déterminant dans le devenir de nos sociétés, elle garantirait des conditions essentielles au développement durable et harmonieux dans tous les domaines, dans les pays qui en ont le plus besoin, car je parle ici en tant que citoyenne du monde. Il faut absolument éveiller les consciences de tous, diffuser ce message, en parler. Et cela commence par une contribution de chacun à l’éducation et la communication non-violente pour chaque pays, chaque ville, chaque famille, chaque foyer, chaque individu.

Parce que la violence ça s’apprend, (mais aussi parce que bloguer c’est gratuit contrairement à un psy), je vais vous confier les cinq châtiments corporels que j’ai subi et qui m’ont le plus humiliés, regroupés sous le hashtag #StopViolenceEducative

-13 ans, 2 manches à balais cassés sur mon dos parce que je m’étais déguisée en punk le jour du carnaval. Dos lacéré.

-15 ans. réveillon du nouvel an, 1 forte gifle devant témoins parce que j’avais dit en blaguant que la mayonnaise faite par ma mère était ratée.

-8/9 ans, Avec mon frère et ma sœur, frappés avec la ceinture, traînés par les oreilles et les cheveux et menacés avec le fer à repasser parce que mon frère a perdu sa calculatrice.

-10/ 11 ans. A Mada dans un taxi, forte gifle devant tout le monde parce que j’essayais d’imiter l’accent malgache. Je n’ai jamais pu apprendre le malgache, ma langue maternelle.

-8 ans sur la plage, gifle violente devant toute la plage parce que, nue, j’ai laissé tombé ma serviette l’espace de deux secondes pour pouvoir m’habiller.

Vous ne pouvez pas savoir à quel point le simple fait d’énumérer comme ça ces moments parmi d’autres qui m’ont marqués est dur tout en étant libérateur, parce que dit comme ça ils paraissent tellement ridicules. Une personne capable de maîtrise de soi aurait simplement dit à l’enfant de stopper et expliqué le problème et en quoi mon comportement était fâcheux (ou pas), mais non, l’appel de la violence était trop fort. Au lieu de ça je me retrouve encore vingt ans plus tard à ruminer ces tristes moments de ma vie qui constituent malheureusement mes souvenirs d’enfance les plus vivaces.

Si le cœur vous en dit, je vous invite vous aussi à vous libérer de vos démons et à vous mobiliser pour la non-violence éducative en apportant votre témoignage des cinq moments de châtiments corporels ou d’humiliation que vous avez subis enfant ou devant lesquels vous avez été témoins, qui vous ont laissés un ressentiment indélébile avec le hashtag #StopViolenceEducative

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