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Portrait de Danielle Ahanda

Le fabuleux destin de Michaela DePrince : l’orpheline de Sierra Leone devenue ballerine

Par Danielle Ahanda, le 21 décembre 2015, dans Art

A seulement 20 ans Michaela DePrince est sur le point de marquer l’histoire du ballet (et insuffler de l’espoir à tous ceux qui doutent encore) : le 28 décembre 2015 elle interprètera le premier rôle féminin dans Casse-Noisette, le célèbre opéra de Tchaïkovski produit par le Ballet National de Hollande. Un honneur, un rêve, mais aussi un symbole important : Michaela DePrince est la première danseuse noire à pouvoir interpréter ce rôle.

Le fabuleux destin de Michaela DePrince : l’orpheline de Sierra Leone devenue ballerine

Vaincre les préjugés

 

C’est sur son compte instagram que la jeune femme a annoncé la nouvelle en ces termes  :

"Je suis ravie de vous annoncer que j’ai été choisie pour danser le rôle principal de Clara/La Fée Dragée, dans le ballet Casse-Noisette produit par le ballet de l’Opéra National de Hollande les 28 et 31 décembre 2015. Cela me rappelle combien je souhaitais être Marie (l’équivalent de Clara dans la version de George Balanchine, le chorégraphe américain ndlr) quand j’étais plus jeune (elle avait 8 ans ndlr), mais le directeur artistique m’en avait dissuadé, déclarant que le monde n’était pas prêt pour une Marie noire."

Elle ajoute :

"Je remercie Ted Brandsen, le directeur artistique du Ballet National de Hollande et les profs de danse ici, de penser que le monde est prêt pour une Clara noire. Je suis très honorée d’avoir été choisie pour ce rôle. Rêver et prendre plaisir à regarder Casse-Noissette devrait être possible pour tous les enfants quelle que soit leur couleur de peau et leur origine."

Un évènement qui nous fait inévitablement penser au tournant qu’a pris la carrière de la danseuse américaine Misty Copeland, promue en juillet dernier étoile de l’American Ballet Théâtre de New York. La première afro-américaine à accéder à ce titre en 78 ans d’existence de la compagnie !

Une décennie de vie sépare les deux danseuses et pourtant toutes deux rencontrent sur leurs parcours les mêmes freins, liés au racisme et aux préjugés que doivent régulièrement affronter les noirs-dans un milieu aussi conservateur que celui du ballet.

Un long chemin

Le fabuleux destin de Michaela DePrince : l’orpheline de Sierra Leone devenue ballerine

Cette opportunité est une nouvelle victoire dans la vie de Michaela DePrince et c’est peu de le dire. Michaela DePrince née Mabinty Bangura est une survivante. C’est dans une Sierra Léone ravagée par de longues années de guerre civile que la petite fille voit le jour le 6 janvier 1995. Elle n’a que 3 ans lorsque son père est tué par des rebelles. La petite fille et sa mère sont hébergées par un oncle.

D’après la Charia, il était désormais notre protecteur. Il a pris l’argent que mes parents avaient économisé pour mes études et a essayé de faire de ma mère l’une de ses épouses, mais elle a refusé. Son refus l’a mis dans une colère noire et il nous punissait en nous donnant très peu de nourriture. Ma mère s’affamait et me donnait quasiment toute sa nourriture pour que, moi, je ne m’affame pas” Déclare Michaela dans une interview donnée au DailyMail.

Malheureusement la mère de Michaela ne survivra pas à ces conditions de vie rudimentaires. Au décès de sa mère l’oncle confie Michaela à un orphelinat qui sera pris par la suite réquisitionné par les rebelles. Après la fuite et une loongue érrance à travers la forêt, les enfants sont conduits en Guinée où nombre d’entre eux seront adoptés par des étrangers.

A l’orphelinat Michaela subit brimades et insultes de la part des personnes en charge des enfants. La petite fille souffre de Vitiligo, une maladie qui cause des taches pigmentaires claires sur tout le corps. Victime superstitions qui ont cours dans les zones rurales, la petite fille est considérée comme maudite.

L'espoir dans un chausson de danse

Le fabuleux destin de Michaela DePrince : l’orpheline de Sierra Leone devenue ballerine

Un jour elle tombe sur la photo d’une ballerine en couverture d’un magazine. Michaela nourrit alors secrètement le rêve de ressembler un jour à cette femme.

Dès que j’ai vu le magazine, j’ai su que je voulais devenir cette personne. Son sourire, sa grâce, sa tenue magnifique, c’était magique de voir quelqu’un se tenir sur la pointe de ses orteils. Je ne savais pas qu’elle était danseuse. Je ne savais même pas ce que la danse était. Mais elle m’a donné de l’espoir. Personne ne voulait m’adopter, alors je me suis dit : cette femme est heureuse, alors peut-être que moi aussi je peux l’être”, confie la jeune femme au Dailymail.

Peu de temps après son arrivée en Guinée, Michaela (ainsi qu’une autre petite fille prénommée elle aussi Mabinty) est adoptée par un couple d’américains du New Jersey : Elaine et Charles DePrince.

A leur arrivée aux Etats-Unis Michaela fait part à ses parents de ce rêve qui ne l’a jamais quittée. Les parents l’inscrivent dans une école de danse. Dès lors Michaela travaille dur pour non seulement atteindre ses objectifs, mais aussi surmonter les préjugés raciaux qui se dressent constamment sur son chemin. Alors qu’elle n’a que 9 ans, un professeur ira même jusqu' à dire ses parents qu’il ne sert à rien d’investir de l’argent dans des cours de danse pour une petite fille noire…

Le fabuleux destin de Michaela DePrince

C’est en 2011, suite à son apparition dans le documentaire télévisé Fisrt Position, que les choses s’accélèrent pour la jeune fille qui n’a alors que 16 ans. Le film suit une troupe de jeunes danseuses qui s’apprêtent à concourir pour le Youth America Grand Prix, la plus grande compétition de danse junior au monde. L’année suivante Michaela fait ses débuts professionnels en tant que principale invitée du Ballet Joburg en Afrique du Sud.

Elle danse ensuite avec la compagnie de danse professionnelle de Harlem pendant une année avant de rejoindre la Compagnie Nationale junior de Hollande.

Michaela est membre Ballet National de Hollande pour la saison 2014-2015.

Outre la danse, Michaela œuvre pour les jeunes défavorisés, afin de leur donner l’espoir et les moyens de réaliser leurs rêves.

En 2013 Michaela signe avec sa maman Elaine DePrince Taking Flight: From War Orphan to Star Ballerina sa biographie. Rééditée ensuite sous le Titre Hope in ballet shoe.

 

 

Article rédigé par Danielle AHANDA, créatrice et rédactrice en chef d'Afrosomething-Blogueuse Lifestyle depuis 2006. Son blog

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