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Portrait de Danielle Ahanda

N’ba d’Aya Cissoko, un vibrant hommage aux mamans dont on parle si peu

Par Danielle Ahanda, le 29 mai 2016, dans Littérature
 N’ba d’Aya Cissoko, un vibrant hommage aux mamans dont on parle si peu

Ancienne championne du monde de boxe française, Aya Cissoko a grandi dans le 20ème arrondissement de Paris aux côté de ses parents originaires du Mali. En 2011 elle co-écrit avec Marie Desplechin, « Danbé » (adapté pour le petit écran en 2014 sous le titre « Danbé la tête haute »), un livre dans lequel elle raconte son drame familial : en 1986 son père et sa jeune sœur périssent dans un incendie criminel, puis quelques mois plus tard c’est son petit frère qui est emporté par une méningite. Suite au drame, Aya trouve alors refuge dans le sport qu’elle pratique à haut niveau. Lorsqu’en 2010 elle doit raccrocher les gants à cause d’une blessure, Aya décide de reprendre ses études en intégrant l’Institut d’études politiques de Paris. A 36 ans Aya Cissoko signe son second roman : « N’ba » (« ma mère » en bamabara).

 

Le récit débute avec le décès de N'ba en 2014. Alors qu'Aya doit affronter le clan pour pouvoir enterrer sa mère comme elle l'aurait souhaité, sa mémoire se met en marche et déroule les souvenirs organisé en chapitres marquants.

C'est l'histoire de Massiré Dansira, arrivée en France à 15 ans pour rejoindre celui que ses parents lui ont désigné pour époux. Nous sommes au milieu des années 70. Débute alors pour l’adolescente une vie difficile où il faut à la fois s'accommoder de la morsure du froid, de la promiscuité et de la solitude, malgré l’omniprésence des compatriotes du foyer malien de Montreuil. De nature déterminée, Massiré décide d’écrire son propre destin, celui d’une mère de quatre enfants qui parcourt la capitale, jonglant entre plusieurs métros avec ses rudiements de français, pour faire des ménages. Loin de se laisser impressionner par les nouveaux codes de sa vie d’immigrée, Massiré garde à cœur d’enseigner à ses enfants d’où ils viennent. Cela n'est pas négociable. A la maison on lave les vêtements à la main et l'on parle Bambara. L’éducation des enfants, la gestion du foyer et le paiement des factures pour lesquelles son mari s’avère rapidement défaillant, tout cela participe à l’émancipation de cette femme qui ne veut pas d’une vie d’assistée. Pour elle peu importe les sacrifices, les coups du sort et les trahisons de ceux qu’elle a mainte fois aidé, rien ne vaut la dignité, le « Danbé ». Une valeur et une vertu qu'elle n'aura de cesse d'enseigner à ses enfants. C'est particulièrement difficile pour Aya, jeune fille rebelle qui ne comprend, ni n'approuve les choix de sa mère. L'auteure ne cache rien des nombreux conflits, parfois très violents qui les opposent. Paradoxalement on ressent à travers sa plume la puissance immuable du lien mère/fille qui les unis.

A fil des pages on passe du rire (les jurons de Massiré mêlant le français et le bambara méritent à eux seuls un recueil), aux larmes, mais surtout on assiste au parcours d’une femme ébranlée à plusieurs reprises par les coups du sort, mais qui a su rester debout grâce à l’amour inconditionnel qu’elle porte aux siens.

A travers N'ba, Aya Cissoko rend un vibrant hommage à ces mères dont on parle peu et nous raconte l’immigration de l’intérieur. Un récit finalement très simple, mais qui brille par son intensité, notamment grâce au parti pris narratif de faire côtoyer le français et le bambara tout au long du livre. Une démarche que l’on retrouve chez Chimamanda Ngozie Adichie (cf. L’Autre Moitié du Soleil), comme une affirmation en filigrane de cette nécessité de transmission si chère à sa mère.

 

N’ba de Aya Cissoko, Calmann-Lévy (mars 2016)

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Commentaires

Ces quelques lignes donnent

Ces quelques lignes donnent envie de lire l'oeuvre mais je me questionne sur le style. Est ce que l'alliage du français et du Bambara ne rend pas la lecture lourde?
Je veux bien découvrir. Merci

https://myellepages.wordpress.com/

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